A DEBATTRE: texte d'un collègue de Lorient

Suite à la coordination nationale des travailleurs
sociaux en formation (TSF) du 11 avril 2008, un
certain nombre de constats partagés ont émergé. Chacun
d'eux porte une limite à la gratification des
stagiaires qui est proposée aux TSF. Si, en raison des
vacances (et de l'absence d'AG qui en découle), je ne
peux faire écho de la position du pôle sanitaire et
social de Lorient, je tiens, à titre personnel,
souligner à quel point il sera difficile de se
préserver de l'ensemble des effets néfastes de la
gratification sans rejet complet de toute
gratification dans nos formations. Au delà de cette
inquiétude, c'est bien le sens et les conséquences
d'un chèque perçu uniquement sur nos temps de stage
qui est à interroger.

Avant cela, il convient de souligner la légitimité de
l'intérêt porté à un tel chèque, du fait de la
précarité des étudiants. En effet, si la gratification
ne permet pas de résoudre la précarité des étudiants,
elle fait rêver une population qui est majoriatirement
pauvre. Néanmoins, pour certains, le prix à payer pour
ce chèque est beaucoup trop élevé pour nos formations
par alternance et plus généralement pour le social.

En acceptant un chèque uniquement sur les temps de
stage, se pose tout d'abord, la question de la
contrepartie qui est demandée. Si elle ne rémunère que
l'effort de formation et le statut d'apprenant,
pourquoi ne pas recevoir un chèque tous les mois? Si
elle est la contrepartie de charges supplémentaires,
pourquoi ne pas l'appeler défraiment? Rappelons enfin,
que la gratification a d'abord été pensée pour des
étudiants qui apportaient une plus-value financière à
leurs terrains de stage. Cette logique de plus-value
financière ne peut être celle du social. Nous
travaillons sur des projets individuels et collectifs
qui n'ont pas de visées lucratives (faut-il s'en
excuser?). Accepter l'idée de rendement financier
dénaturerait clairement et définitivement le sens de
nos métiers.

Par ailleurs, nos stages ne sont pas uniquement une
mise en pratique des apports théoriques déjà acquis.
Ils s'inscrivent au contraire dans une logique
d'alternance où la pédagogie est au coeur des
formations, tant sur les temps de stage qu'en cours.
Parce que nous ne sommes pas des stagiaires productifs
travaillant dans un secteur lucratif, la gratification
ne peut s'appliquer pour nous (à moins d'accepter
délibérément ce changement de sens dans nos formations
et nos métiers).

De plus, la gratification risque également d'instaurer
un statut hybride entre celui de stagiaire apprenant
et celui de salarié. Au-delà des effets sur les
exigences des terrains de stages envers les TSF et de
l'évaluation de ces derniers; ceci pose la question de
l'impact sur les diplômes et sur les salariés.
Concernant les diplômes du social, la question est la
suivante: si une personne non diplômée doit recevoir
un chèque pendant sa formation, ceci doit-il signifier
que nos diplômes ne sont pas nécessaires pour
l'accompagnement de personnes ou de groupes? Par
extension, ceci pose un second problème, plus vaste:
celui du salarié du social (déjà bien mis à mal
actuellement). Accepter l'idée que des personnes non
diplômées puissent recevoir un chèque dont le montant
est de 398€ (sur la base de 35h), pourraient amener
certains à dire que le travail d'une personne non
diplômée vaut 398€. Inutile de préciser l'effet d'une
telle équation sur la situation de nombreux
travailleurs non diplômés et déjà fortement précaires.
Outre nos formations, ce sont également les métiers
les plus précaires du social qui se trouvent donc en
danger.

Si cette réflexion n'est pas achevée, elle présente à
quel point la question de la gratification est
complexe et ces incidences nombreuses. Même si
certaines d'entre elles ne sont que supposées, ne
vaudrait-il mieux pas s'en prémunir dès aujourd'hui,
au moment où une forte mobilisation des TSF existe,
plutôt que d'attendre d'être devant le fait accompli?
N'oublions pas que notre mobilisation actuelle est une
CHANCE UNIQUE de faire remonter quel sens nous donnons
à nos futurs métiers (doit-on laisser entrer une
logique issue du privée lucratif dans ces métiers?), à
nos formations (sommes-nous des apprenants où des
travailleurs au rabais?), à nos diplômes (garantir le
statut d'apprenant dans nos formations n'est-il pas le
meilleur moyen de les valoriser?), au social en
général (si le chèque versé vient valoriser un
travail, doit-on accepter qu'un travail puisse mériter
398€?).

Après toutes ces critiques, il faut (encore une fois)
souligner la légitimité de la tentation d'un tel
chèque (celui de la gratification). En effet, dire NON
à la gratification n'est, en aucun cas, une façon de
ne pas prendre en compte la précarité étudiante.

Au-delà des nombreuses critiques de la gratification
actuelle, un NON A TOUTE GRATIFICATION des TSF est
motivée principalement par :
L'ambition de protéger le statut d'apprenant dans les
formations par alternance, afin de laisser au coeur de
nos formations, l'aspect pédagogique.
La volonté (qui en découle) de ne pas entrer dans une
logique où l'étudiant est uniquement au service des
« employeurs ». Certes, la logique professionnelle est
primordiale mais quel sera l'impact sur les usagers si
notre formation ne se centre pas avant tout, sur leurs
besoins?
La volonté de lutter efficacement contre la précarité
des étudiants. Si les travailleurs sociaux ne se font
pas le relai de politiques efficaces en matière de
lutte contre la précarité, doit-on attendre de notre
gouvernement qu'il le fasse?

Ceci n'est qu'un point de vue qui ne peut (encore une
fois et par précaution) être présenté comme étant
strictement celui de Lorient. Ce point de vue est à
étayer, travailler, débattre. Ce texte avait  pour
ambition de ne pas oublier (comme cela semble être le
cas dans de nombreux articles) ce NON qui fait sens
pour beaucoup d'entre nous et de proposer un vrai
débat national sur la défense de nos formations et du
social.

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