Réponse à notre collègue de Lorient

Publié le par etudiant itsra

Voici une réponse de Gaspard, étudiant à l'ITSRA, à la lettre écrite par notre collègue de Lorient qui se positionne contre la gratification (vous pouvez lire cette lettre sur la page " A DEBATTRE: texte d'un collègue de Lorient ", en haut à droite dans "Pages")
 
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Je partage entièrement les inquiétudes de notre collègue de Lorient, et des choses importantes sont pointées dans ce texte (statut du stagiaire, réel sens de la gratification,...).

   En revanche, en rester au stade du questionnement sans présenter de propositions concrètes me paraît risqué dans le cadre de négociations qui s'annoncent houleuses. De plus, la formulation de certaines questions me paraît ou très mal venue ou particulièrement régressive.

 

  Sur la question des revendications, s'il est une règle d'or pour défendre au mieux nos intérêts (et ceux des usagers, du service public, des formations,...) c'est de mettre toutes les chances de notre côté en présentant les exigences les plus hautes possibles. A savoir, une allocation d'autonomie, pour TOUS les étudiants ET un aménagement du décret incluant nos grades revendications:extension au public, aux diplôme 4 et 5, financement public, organisme tiers,...

  Ainsi, nous avons la possibilité de nous mettre en lien avec le reste du monde étudiant en rejoignant des luttes qui ont des années sur les campus. Poser la question de l'allocation d'autonomie fait peur au gouvernement qui a mis en place ce décret et nous permettra de sortir du fonctionnement habituellement corporatiste des luttes dans le secteur social (étudiants et salariés).

  L'aménagement du décret permet, lui, de pointer ce qui est réellement grave et réactionnaire dans sa mise en oeuvre. Je n'apprend rien à personne en insistant sur le fait que notre président met en oeuvre depuis quelques temps la politique la plus libérale et la plus droitière que la France ait jamais connu, son programme est clair, la destruction des services publics et la guerre aux pauvres. Comme par hasard, ce sont les stagiaires du secteur public qui ne sont pas rémunérés!! Le lien est facile à faire avec l'actuelle réforme de la convention 66 (contre laquelle des resistances se mettent en place) qui vise, entre autre, à faire passer le nombre d'associations du secteur social de 35000 à 5000, créant ainsi de grands monopoles locaux. Nous sommes face à un désengagement pur et simple de l'état, qui met en danger beaucoup plus que nos formations et le statut des stagiaires, à savoir tout un système social qui fait que, contrairement aux américains, nous pouvons encore nous faire soigner gratuitement (ou presque). Les travailleurs sociaux sont, à mon avis plutôt attachés à ce système qui maintien encore des bribes de solidarité.

 

  Discuter du "sens du chèque" me semble donc en deçà des enjeux, la réelle question étant: QUI nous paye? De plus, je n'arrive pas à éclaircir la manière dont sont posées certaines questions dans le texte de notre collègue de Lorient.

  Nous apprenons d'abord que, n'évoluant pas dans un secteur lucratif, n'apportant donc aucune plus-value à un domaine où ce mot est banni, l'instauration d'une gratification nous forcerait à "accepter l'idée d'un rendement financier". Nous voilà donc devant une étrange alternative: toute rémunération impliquant nécessairement d'assouvir les besoins du Capital, la solution salvatrice consiste en un retour aux sources du bénévolat charitable (j'avoue plutôt médiatique en ce moment).

  Il existe heureusement une troisième solution!!! En France, la plupart des gens payent des impôts. Tout cet argent est rassemblé dans des grands cartons et l'état, avec sa main gauche, en redistribue une partie aux écoles, aux hôpitaux, aux services sociaux... Tous ces gens qui touchent de l'argent de l'état ne sont donc pas productifs (ils participent cependant à la valorisation du Capital en entretenant la force de travail des salariés), et le modèle par répartition doit être défendu bec et ongle! Donc quand j'entend que "parce que nous ne sommes pas des stagiaires productifs travaillant dans un secteur lucratif" nous ne pouvons être gratifiés, je me demande si c'est Margaret Thatcher ou Ronald Reagan qui me parle. Ce ne sont j'espère pas les modèles des travailleurs sociaux à qui je m'adresse. 

 

  J'aimerais aussi des précisions sur "l'équation" : pas de diplôme=398 euros=pas beau, je la tourne dans tous les sens, je ne comprend pas. Cependant un point me paraît plus important que mes lacunes en maths.

  A la fin du texte, la réponse à la précarité étudiante est relayée aux travailleurs sociaux, ce qui me paraît extrêmement grave. A la question "si les travailleurs sociaux ne se font pas le relais de politiques efficaces en matière de lutte contre la précarité, doit-on attendre de notre gouvernement qu'il le fasse?" je répond OUI! OUI! OUI! La politique n'est-elle pas la gestion de la cité? Son rôle n'est-il pas d'assurer le bien être des citoyens? Si le travail social peut régler quelques dysfonctionnements je trouve scandaleux qu'un pays riche comme la France n'ait pour seule réponse à l'étudiant précaire: "va voir une a.s". 

 

  Au risque de commettre le pêché originel j'ai envie de céder à la "tentation" gratificatoire, mais j'ai surtout envie de démontrer que notre lutte est Politique et dépasse très largement le cadre du travail social, et qu'elle est le moment propice pour exiger des réponses à la baisse du niveau de vie des étudiants.

 

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